Histoire de Fosses

Pour écrire cette histoire je suis parti de faits que je pensais confirmés. En remontant les archives mes certitudes se sont envolées et je me retrouve avec plus de questions sans réponse qu 'il n 'y en avait au début. Je vous livre quand même mes notes ; sont-elles une image du passé ou un simple reflet dans le miroir déformant de l 'oubli ? Le village de Fosses est certainement apparu au 7ème siècle, voire avant, une chanson de geste, "Garin le Loherain", nous apprenant qu 'il fut entièrement ruiné par une invasion de Sarrasins au 8ème siècle. Le nom de Sarrasins désignait souvent les hordes barbares, Huns, Wisigoths, Vandales etc.
L'origine du nom de Fosses est incertaine et deux hypothèses sont avancées : Existence d'un fossé de défense, grand fossé naturel ou non justifié par les fréquentes batailles entre Austrasiens et Neustriens, Fosses se situant aux environs de la frontière entre les 2 tribus. Les victimes d'un combat livré par Charles Martel en 715 sur les bords de la forêt de Chantilly y auraient été enterrées. Cette bataille est citée dans les livres d'histoire comme étant la première commandée par Charles Martel, récemment sorti de prison et maire du Palais. L'autre thèse dit que le nom provient des fossés creusés pour extraire l'argile nécessaire à la fabrication des poteries. Cette hypothèse, retenue par M. Guadagnin dans son ouvrage sur les potiers de Fosses en page 51, fait remonter le nom au 12ème siècle. Pourtant il est dit dans le même ouvrage en page 55 que l'activité potière de Fosses remonte au haut moyen âge, et en page 281 que l'activité cessa vers 1650 après 1000 ans d'exploitation, ce qui donne l'an 650 comme début d'activité. Il serait étonnant qu'une activité potière importante ait lieu pendant 6 siècles en un lieu non dénommé. De plus on trouverait dans les Cartulaires de St Denis en 751 : "L'Abbaye de St Denis détenait un fief à Fosses possédant des reliques de St Etienne". Le nom serait alors bien antérieur au 12ème siècle. Il y eut donc certainement à Fosses une église St Etienne avant celle que nous connaissons. Aurait-elle été détruite lors d'une invasion corroborant ainsi la chanson de geste ? La dédicace à St Etienne pose aussi problème car il y a deux St Etienne nous intéressant parmi les 9 ou 10 figurant au dictionnaire. Il y a :
  • Saint Etienne premier martyr lapidé en l'an 35 (Larousse) est fêté le 26 décembre. Ses reliques ont été découvertes en 415 et les lectures de la messe du 3 Août sont dédiées à la découverte de ces reliques (Missel Quotidien de Féder.) à Kaphei-Gamala le 5 décembre 415. Il avait été enterré par Gamaliel dans sa maison de campagne avec Nicodème et Abibas fils de Gamaliel (Missel Vespéral Romain).
  • Saint Etienne Pape et martyr décapité en 257, la messe du 2 août célèbre sa mémoire. Les 2 Saints sont célébrés à 1 jour d'intervalle, les 2 et 3 août. Il est curieux de remarquer que le 2 août 415 du calendrier Julien en vigueur à l'époque correspond au 3 août 415 du calendrier Grégorien en vigueur depuis 1582.
Dans les actes de Marly il est fait allusion à St Etienne Pape; à Fosses c'est toujours St Etienne sans qualificatif. Selon l'abbé Lebeuf (p323) la journée du 2 août est chômée à Fosses tout comme le 15 juin pour St Vit et, à priori, pas à Marly.

Les reliques :

En l'an 751 le pape Etienne II vint en France. L'abbé Lebeuf ne pense pas que se soit lui qui ait apporté les reliques mais plutôt l'abbé Fulrad qui vint quelques mois plus tard en rapportant entre autres le corps de St Vit et quelques fragments du corps de saint Etienne Pape obtenu du pape Paul I. Paul I fut pape de 757 à 767 (Larousse) et Lebeuf nous dit que ce fut lui qui levât le corps de St Etienne Pape. Si on trouve vraiment dans le cartulaire de 751 la mention disant que l'église de Fosses possédait des reliques de St Etienne ce ne peut pas être celles de St Etienne pape qui n'était pas encore découvert à cette date ou alors la date de 751 est fausse. Les 2 églises : Toujours d'après l'abbé Lebeuf, Marly ne serait qu'un démembrement de Fosses. Il avance que l'évêque Maurice de Sully aurait donné à Hérivaux qu'une simple église Cléricale située sur la paroisse de Fosses. Dans le Pouillé de Paris du XIII ème siècle elle figure en tant que Prieuré et il semblerait que Marly soit devenue paroisse qu'après 1500 car elle ne figure pas dans le Pouillé du XVI et, toujours d'après Lebeuf, aurait été oubliée dans celui de 1626 et ne figurerait pour la première fois que dans le Pouillé de 1640. L'église actuelle de Fosses ayant été construite entre le 12ème et le 13ème siècle, nous pouvons supposer que l'église primitive a perduré jusqu'à cette époque, à moins qu'une chapelle dont nous n'avons pas trace ait temporairement remplacé l'église détruite au 8ème siècle. Entre temps l'abbaye de St Denis avait transmis le fief de Fosses aux Chevalier le Bel de Villiers qui, à leur tour, le transmirent à Hervé de Malmolin en 1125. Jusqu'au 12ème siècle Marly la Ville était rattachée à la paroisse de Fosses. En 1140 (3), Ascelin, seigneur de Marly la Ville fonde l'abbaye d'Hérivaux qui deviendra paroisse au 13ème siècle. L'histoire de cette abbaye est profondément liée à celle de Fosses. C'est pour quoi je l'ai intégrée au présent récit. Au 13ème siècle le Roi possédait la moitié des terres de Fosses et de Marly, terres confiées par Philippe Auguste à Jean de Gisors. L'évêque de Paris en possédait une autre partie et, en 1240, on trouve un Guillaume de Fosses, abbé d'Hérivaux.
Une chapelle dédiée à St Nicolas fut construite sur le plateau en 1247 par Adam Bigue (Bigne) au lieu-dit actuel "La Grange au Bois"(p 219) . On trouve en effet dans le détail des impôts perçus par l'Abbaye d'Hérivaux les revenus de "St Nicolas de la Grange du Bois", hameau de 14 feux en 1470. (A la même époque le vallon était peuplé de 12 familles). Décrivant cette Grange à son époque, l'abbé Lebeuf dira qu'il "y a subsisté une Chapelle, du titre de Saint Nicolas, fondée en 1247 par Adam Bigne ….et ne comportant plus qu'un seul ménage". En comptant 6 personnes par famille ce qui, à cette époque, est sans doute sous estimé, on arrive à 72 personnes dans le vallon et 84 à la Grange du Bois sans compter les moines. Autant de personnes ont du laisser des traces, ne serait ce qu'un cimetière. Les cimetières étant souvent à coté de l'église, aurait-il était détruit à la révolution ? En tout cas je n'en connais pas de trace. En 1260 la paroisse est cédée à celle d'Hérivaux.

L'église possédait suffisamment de reliques pour que l'on construise un petit monument à la fin du 15ème. Un reliquaire représentant les têtes de st Vit et Modeste était encore visible peu avant 1970.

reliquaire

Photo : base de données Mémoire, ministère de la Culture et de la Communication - direction de l'Architecture et du Patrimoine


Au moyen âge Fosses était une seigneurie, sans doute vassale d'un plus puissant suzerain. Nous connaissons quelques-uns uns d'entre eux. Ainsi, en 1416, le seigneur de Fosses était Pierre Mauregard, dépendant de Luzarches. Le nom de Beuvey est ensuite cité puis Pileu de Brévannes. Je n'en ai pas cherché les dates. Dans l'église de Fosses se trouvait le tombeau de Pierre Mercier, Lieutenant Général de Clermont en Bauvaisis, seigneur de Fosses décédé le 18 septembre 1617. Par la suite il est dit que la famille Cousinet portât longtemps le titre de père en fils puis, en 1746 vint la famille Petit. Jean Baptiste Le Tourneur, ou Letourneur, lui succéda et le dernier Seigneur de Fosses fut Antoine Pierre Letourneur dont le fils Alexandre Charles Jean décède le 15 mars 1789 à l'âge de 6 ans ½; il est enterré dans l'église, Chapelle de la Vierge . Le château de Fosses fut détruit à la révolution sur l'ordre de Benjamin Constant qui débutât sa carrière politique comme maire de Luzarches. Il en fut de même pour celui de Marly et pour l'église de l'abbaye d'Hérivaux. Le corps du Bâtiment d'Hérivaux fut en partie épargnée, B. Constant y ayant logé sa maitresse, Mme de Staël, avec laquelle il eut une liaison parait-il orageuse mais qui dura 10 ans quand même! Le nombre de Fossatussiens fut maximum en 1700 avec 250 habitants. Il décroît ensuite avec 160 âmes en 1746, puis 125 seulement en 1770.
 

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