Fosses à la Belle Epoque
1900, les années folles, la belle époque ! Mais, comment vivait-on ces temps soit disant paradisiaques dans notre village de 229 habitants ?

Le village était déjà scindé en 2.
Il y avait le quartier de la gare, qui se nommait alors Survilliers Morte-Fontaine, avec son hôtel - restaurant - café - tabac et même un second restaurant. Les soirs d'été, quand le flot de travailleurs rentrait de sa rude journée, après une heure de transport dans un wagon cahotant, je suis sûr que certains, à peine libérés du panache de vapeur blanche lâché avec un grand pschitttt par la locomotive poussive, s'asseyaient à la terrasse, à l'ombre du grand arbre, pour déguster une bière où un verre d'absinthe bien mérité (l'absinthe sera interdite par décret le 7 janvier 1915). Sans doute, le samedi, restaient-ils ainsi à boire et à raconter leurs exploits imaginaires ou à refaire le monde, jusqu'à ce que le cafetier donne le signal du départ en allumant le bec de gaz du réverbère qui éclairait la place. Quelques chevaux, attelés à une carriole, attendaient leur cocher pendant que des enfants jouaient aux billes ou aux osselets à même le sol.

Il y avait le village dont le centre était le carrefour de la Grande Rue, en direction de Luzarches, de la rue de l'Eglise, en direction de Survilliers, de la rue de la Mairie et de la rue de la Source. A l'angle de la rue de la Source, côté Est, se trouvait l'hôtel restaurant du Bon Accueil. De l'autre côté de la rue de l'Eglise, juste en face, un autre restaurant avec une salle de billard, ce jeu étant fort prisé à l'époque. A quelques dizaines de mètres, dans la Grand Rue, se trouvait un bar tabac qui a survécu jusqu'à ces dernières années grâce aux efforts de la municipalité, et juste en face encore un autre café. Quatre débits de boissons pour 230 habitants peut sembler élevé. Mais il ne faut pas oublier que, à cette époque, il n'y avait ni télévision, ni cinéma, pas de radio, et il fallait bien se distraire.

Si les plaisirs de la bouche (et du gosier) pouvaient aisément être satisfaits, la vie de tous les jours n'était pas négligée pour autant. Depuis 1895 un lavoir avait été bâti (à coté de l'actuel monument aux morts) ce qui n'empêchait pas l'utilisation de nombreux lavoirs champêtres le long de l'Ysieux. La vie était paisible, les femmes épluchaient les légumes sur le pas de leur porte en bavardant avec leur voisine, les charrettes, tirées par un cheval, s'arrêtaient n'importe où sans gêner personne et la chaussée appartenait à tous, piétons, enfants et la volaille y étaient en sécurité.
Les gens sortaient rarement du village en dehors de leur travail et les distractions étaient rares, bien que …. le cours de l'année était jalonné de fêtes, tant religieuses que profanes.

La fin des moissons en était une. Dans chaque ferme la dernière charrette, décorée de fleurs et de gerbes, agrémentée d'un bouleau fièrement dressé (le Mai), faisait le tour du village les moissonneurs juchés tout en haut. Depuis les fenêtres de l'étage les riverains cherchaient à les arroser en jetant des cuvettes d'eau. Revenu à la ferme, l'arbre était planté dans la cour jusqu'à la moisson prochaine.

Mais la plus attendue était sans doute la fête communale. Depuis 25 ans elle avait lieu le 15 juin, pour la saint Vit; elle se tenait antérieurement le 1er dimanche et lundi de juillet, mais elle avait été avancée à cause des moissons.
Elle durait maintenant presque 4 jours, du samedi au lundi avec souvent, pour récupérer, le mardi matin. Des forains étaient venus installer leur manège animé par les chevaux qui avaient tiré les carrioles. Il y avait les chevaux de bois, le "chambouletout" non local du jeu de massacre. Des courses de sacs étaient organisées, des jeux de force et surtout le jeu de l'oie. Une oie était pendue par le cou, que les âmes sensibles se rassurent, l'oie était morte. Les concurrents, les yeux bandés, devaient trancher le cou avec un sabre et faire tomber l'oie. Celui qui y parvenait gagnait le volatile qui, bien souvent, était rôti au "bistrot" du coin et mangé avec les copains.
Les enfants devaient jeter des pétards dans les jambes des filles et les plus âgés, sans doute attablés dans l'un des 4 cafés, devaient observer, tout en se rappelant leurs fêtes d'antan qui ne pouvait qu'être mieux. Je suis presque sûr que, de temps en temps, on entendait la phrase bien connue : " Les jeunes, de nos jours, ils ne savent plus s'amuser! ". Cela dans un nuage de fumée ou entre deux prises de tabac, le tout bien arrosé d'un verre de guignolet ou d'absinthe pour les plus aisés.
Le samedi et le dimanche soir, il y avait le bal au Bon Accueil; la fanfare de Marly venait sonoriser la fête et les cafés étaient autorisés à fermer plus tard dans la nuit. Les gens des villages alentours venaient y participer et on peut supposer que la soirée ne se passait pas sans quelques bagarres entre bandes rivales de villages différents. Mais on peut aussi penser que les buissons qui longeaient la cavée, que le petit bois au bout de la rue de la Source laissaient parfois s'échapper quelques soupirs alanguis.

Mais la fête passée, il fallait bien retourner au travail. Je ne parlerai que du travail sur la commune ne citant que pour mémoire la cartoucherie de Survilliers qui employait aussi des Fossatussiens.
L'agriculture se composait surtout de maraîchers et de quelques rares fermiers possédant 2 ou 3 charrues et qui exploitaient sous contrat de fermage les terres appartenant à quelques propriétaires.
Les cultures alimentaires se composaient de céréales (blé, seigle, avoine), de pomme de terre, des pois, des haricots verts et de cresson. Les cultures fourragères étaient la luzerne, le trèfle, le sain-foin et la betterave.

L'élevage portait surtout sur les veaux mais tend à disparaître depuis la création d'une laiterie; il est progressivement remplacé par l'élevage des vaches laitières qui pâturent dans les prés bordant l'Ysieux. Il n'y avait qu'un seul troupeau de moutons de 225 têtes en 1900 et bien évidemment les animaux de basse-cour, poules, oies et canards.

L'animal de trait de prédilection était le gros cheval boulonnais à l'exception du hameau du Guepel, dont la surface cultivée était plus étendue, qui utilisait des bœufs.

L'artisanat et l'industrie commençaient à s'implanter dans la commune.
La laiterie déjà citée collectait le lait des communes environnantes, le stérilisait et le commercialisait sur Paris.

Depuis 1842 une vannerie fonctionnait et traitait l'osier principalement produit sur la commune de Thimécourt.
Vers la même époque, une féculerie se trouvait au Guépel; ceci avait encouragé les fermiers de la région à cultiver plus intensément la pomme de terre.

Le long du chemin de grande communication N° 16 (toujours nommé ainsi sur l'actuel plan de Fosses) se trouvaient 3 sablonnières fournissant un sable de qualité. La carrière de pierre ne produisait que du remblai, les pierres de qualité provenant surtout de Marly la Ville.

Une autre activité saisonnière artisanale était tenue en hiver par les femmes, la passementerie; la production était principalement écoulée sur Survilliers, St Martin et Louvres.

La commercialisation des produits locaux se faisait principalement sur Paris. Les maraîchers portaient les légumes aux Halles, la laiterie livrait la capitale et même la paille et le fourrage étaient commercialisés sur Paris. Il ne faut pas oublier que le cheval était alors la principale force de traction et que les omnibus parisiens étaient tirés par des chevaux.
Les céréales, par contre, prenaient la direction des moulins de Chantilly.

Près de la gare se trouvait un négociant en vin, certainement un grossiste; on peut raisonnablement penser que les 800 hectolitres de vin qui transitaient annuellement dans ses caves n'étaient pas consommés par les seuls 229 Fossatussiens.
Nous avons aussi trouvé trace d'un marchand de bois mais sans pouvoir déterminer si son commerce était local ou régional.

Les commerces de proximité étaient curieusement rares dans le village. Il n'y avait pas de boulanger, le pain venant de Luzarches ou de Survilliers. Il n'y avait pas non plus de boucher, Fosses étant desservi par celui de Marly. Mais il y avait plusieurs épiciers !

Pour expliquer cela, j'avancerai une hypothèse que rien ne vient étayer pour l'instant. Elle est fondée sur les souvenirs de ma Grand-mère quant au mode de vie des petits villages Landais. Vers 1900, la quasi-totalité des habitants cultivait un petit potager et élevait une basse-cour pour un usage familial. Ils vivaient le plus possible en autarcie et n'achetaient que ce qu'ils ne pouvaient pas produire eux-mêmes. En plus ils pratiquaient le troc entre eux. Le boucher, par exemple, ne venait que 2 fois par an sur le marché. Peut-être les Fossatussiens vivaient-ils sur le même mode ?